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Franck Baechler, agriculteur dans le Loir et Cher : «l’expérimentation est permanente»

05 septembre 2019

Franck Baechler, agriculteur dans le Loir et Cher : «l’expérimentation est permanente»

Franck Baechler est l’invité de la journée mécanisation organisée par la FD CUMA, jeudi 19 septembre à Buzeins. Spécialiste de l’agriculture de conservation des sols, il apportera son expertise en la matière tout au long de la journée. Rencontre.

Comment êtes-vous venu à l’agriculture de conservation ?

F. Baechler : «Jusqu’à mon installation fin 2015, j’étais conseiller à la Chambre d’agriculture du Loir et Cher, je sensibilisais les agriculteurs à la qualité de leurs sols, à leur évolution voire leur dégradation. J’avais créé un groupe spécifique en lien avec le sol, le semis direct et ensemble, nous avons réfléchi à des pistes pour monter en gamme dans la fertilisation des sols. Le fait de remettre au pâturage des animaux dans une région de grandes cultures comme la Beauce nous a semblé un bon test.

Un voyage aux Etats-Unis a permis de conforter mes préconisations mais il me semblait encore plus pertinent de les appliquer en m’installant comme agriculteur. J’ai créé une société de conseils en semis direct et parallèlement j’ai acheté quelques vaches afin de démarrer une expérimentation sur la ferme d’un voisin qui avait essayé le semis direct, lorsque j’étais son conseiller agricole. Ensemble nous avons remis les sols en prairies et diversifié l’assolement. Un peu plus tard, une ferme voisine s’est libérée et j’ai pu démarrer ma propre activité agricole.

Quelles sont vos pratiques ?

F. Baechler : Nous sommes encore en phase de transition en agriculture de conservation. Nous avons mis au pâturage quelques vaches et des brebis pour diversifier la gestion du pâturage et le pâturage des couverts. Nous avançons progressivement à partir de nos expériences respectives. Nous regardons ce qui fonctionne et adaptons nos pratiques pour progresser. C’est important de chercher les raisons d’une réussite mais aussi d’un échec pour pouvoir avancer.

Et je profite aussi du partage d’expériences auprès d’autres agriculteurs via les formations de groupe ou individuelles que je propose en plus de mon activité agricole.

Comment appréhendez-vous l’agriculture de conservation ?

F. Baechler : Les notions globales sont immuables néanmoins nous avons eu la preuve que la réintroduction du pâturage a été bénéfique pour nos sols : nous utilisons les animaux comme nous utiliserions un matériel ! Personnellement, sur ma ferme, je suis en 100% élevage plein air avec très peu d’investissement matériel, je ne possède pas de tracteur !

Et en Aveyron ?

F. Baechler : L’agriculture de conservation s’adapte partout. En Aveyron, il y a tous les outils pour bien faire puisque la majorité des systèmes sont basés sur l’herbe et le pâturage. Cependant quand un système est pré-établi de travail du sol, il est difficile d’en sortir, on doit générer du chiffre d’affaires pour amortir le matériel. La clé est d’être le plus autonome possible.

Je pense de ce fait que les CUMA ont un bel avenir dans ce contexte : elles sont un outil très intéressant permettant aux agriculteurs de diminuer le coût du matériel. Cette «culture CUMA» bien présente en Aveyron, doit être préservée, c’est une chance pour diluer les charges de mécanisation, voire pour complètement déléguer le travail.

Quel regard portez-vous sur l’agriculture aveyronnaise et particulièrement sur le développement de l’agriculture de conservation ?

F. Baechler : Vous avez une fer de lance en la personne de Sarah Singla. Elle a acquis une grande expérience sur l’agriculture de conservation. Et l’association Clé de sol réunit un certain nombre d’agriculteurs convaincus qui partagent leur expérience et organisent plusieurs rencontres. De plus en plus d’agriculteurs s’interrogent, c’est bien !

L’une des problématiques soulevées par l’agriculture de conservation est l’utilisation du glyphosate. Quel est votre avis ?

F. Baechler : La question des produits alternatifs est délicate surtout si finalement on augmente l’utilisation des grammes par ha ! Le glyphosate reste un outil, ce n’est pas tant le produit qui pose problème mais son utilisation : il doit être utilisé à bon escient et pas n’importe comment ! Nous attendons la législation à venir, charge à nous de dire que nous sommes capables de régénérer nos sols en agriculture de conservation.

La production de biomasse par les animaux est un outil pour valoriser les sols. L’animal est un allié formidable, il est un maillon essentiel avec le sol, un élément majeur dans l’agriculture de conservation des sols. Un département comme l’Aveyron, où l’élevage est dominant, a donc de belles cartes à jouer dans la préservation des sols. C’est ce que nous essaierons de démontrer lors de la journée mécanisation de la FD CUMA le 19 septembre à Buzeins».

Receuillis par Eva DZ

Cette journée bénéficie du soutien financier de l’Agence de l’Eau Adour Garonne, de la région Occitanie et du FEADER.