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Coopérative CELIA : saisir les nouvelles opportunités

05 juillet 2018

Coopérative CELIA : saisir les nouvelles opportunités

Vendredi 29 juin, lors de son assemblée générale, la coopératice CELIA a présenté des résultats «honorables» dans un environnement concurrentiel. Le contexte sanitaire, géopolitique complique notamment la commercialisation de bovins mais des opportunités se créent comme l’a confirmé Germain Milet de l’Institut de l’élevage.

«En 2017, l’activité de la coopérative a été constante en volume mais elle a eu une réelle difficulté à faire des marges convenables», a introduit le président, André Veyrac. En cause, la FCO qui a suspendu l’export vers l’Algérie pendant 5 mois et le problème de la valorisation de la viande sur un marché de la consommation en baisse. «Heureusement nos filières de qualité, Bœuf Fermier Aubrac et Fleur d’Aubrac en bovins et Elovel en ovins, nous tirent vers le haut», a poursuivi le président.

Un projet de GIEE déposé

Pour conforter son activité en maigre, CELIA veut sécuriser l’export sur l’Italie et les pays tiers pour la voie mâle, comptant sur l’engagement des autorités administratives sur le volet sanitaire. Et pour redonner confiance aux consommateurs dans la viande rouge, la coopérative a déposé un dossier de reconnaissance en tant que GIEE, axé sur la gestion de la biodiversité en lien avec le pastoralisme. «Il est important de montrer et de dire que nos filières, nos pratiques sont gages de qualité, de sécurité, que notre agriculture respecte l’environnement. Réapproprions-nous la communication sur nos élevages», a incité André Veyrac.

Des ouvertures à l’export

Les opportunités s’ouvrent, notamment sur le pourtour méditerranéen, Germain Milet du service économie de l’Institut de l’élevage, l’a démontré lors de cette assemblée générale.

Même si la concurrence s’intensifie sur l’export de viande, la France a un atout à jouer, à elle seule elle pèse 30% du cheptel allaitant de l’Europe à 28. Elle exporte entre 1 et 1,2 million de broutards, générant plus d’un milliard de chiffre d’affaires ! Son plus gros acheteur reste l’Italie, un importateur structurel où la consommation est bien plus importante que la production. «L’économie italienne se redresse», assure Germain Milet, «et la consommation aussi !». L’Italie est de loin, le premier partenaire de la France à l’export, les deux filières se sont construites en parallèle : «les produits correspondent à la demande et nous pouvons penser que ce partenariat s’inscrit dans la durée», a poursuivi l’expert.

En Grèce aussi la situation s’améliore, l’économie se redresse, la consommation repart même si le dynamisme peine encore à se traduire en importations. «C’est un marché de niche intéressant, destiné à la boucherie traditionnelle avec donc, des produits particulièrement bien valoirisés s’ils sont bien conformés», a assuré Germain Milet. Seul bémol, le réglement européen imposant une vaccination FCO sérotypes 4 et 8 avec 60 jours de délai.

Des contraintes à lever

L’Espagne constitue un concurrent de taille sur le marché à l’export : sa production est en hausse pour les pays tiers avec une très forte compétitivité sur les prix, des élevages de grande taille adaptés à l’export, un grand pragmatisme dans les négociations sanitaires.

Pour autant, le potentiel est immense pour le cheptel français sur le marché export du pourtour méditerranéen, selon Germain Milet. «La population de tradition musulmane est culturellement portée sur le bœuf frais, la demande est croissante dans une zone où le climat est peu propice à l’élevage bovin et forte avec une population proche de celle de l’Europe». Ainsi en Algérie, le marché est lié aux cours du pétrole qui assurent un niveau de vie à la population. «La demande en maigre y est robuste mais souvent perturbée mais ce marché reste très rémunérateur», note Germain Milet.

Il a aussi évoqué l’ouverture progressive d’Israël, «un marché riche mais capté par les autres pays de l’Europe». Pourtant la France pourrait y mettre en avant la haute valeur génétique de ses animaux, sa sécurité sanitaire ainsi que sa qualité de produits.

Troisième importateur de bovins vivants en 2017, la Turquie constitue un marché majeur et en développement. Il reste très concurrentiel avec l’Amérique du sud. Et il faut aussi prendre en compte le développement du cheptel via un dispositif d’aides. Ce qui pourrait engendrer une baisse de ses besoins en maigre...

Globalement sur les pays tiers, «le potentiel est immense mais les échanges restent difficieles à pérenniser». Germain Milet a listé les contraintes à lever pour peser sur ces marchés : les taux de change avec l’euro, le respect des cahiers des charges sanitaires, les tensions, religieuses notamment, la concurrence au sud de la Méditerranée où les animaux sont moins chers, plus légers,... «Exporter des animaux vivants reste contraignant (alimentation, effluents, risque sanitaire,...) mais le marché méditerranéen est une zone de croissance à conquérir», a encouragé Germain Milet. Pour capter ce marché des pays tiers, les animaux devront être vaccinés, les structures devront être organisées pour assurer l’activité en plus de l’Italie et maîtriser la logistique bateau pour comprimer les coûts.

Germain Milet se dit confiant pour l’avenir du marché des broutards français : «L’Italie reste le débouché de base et la multitude de marchés sur les pays tiers permet de diluer les risques tout en allégeant le marché européen». Des propos qui ont rassuré les responsables et adhérents de la coopérative CELIA.

Eva DZ