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D. Lacombe, président de SODIAAL : «de la valeur pour toute la filière si nous jouons collectif»

04 octobre 2018

D. Lacombe, président de SODIAAL : «de la valeur pour toute la filière si nous jouons collectif»

Président de SODIAAL et de Coop de France métiers du lait, Damien Lacombe a accordé un entretien à La Volonté Paysanne, sur les actualités de la filière laitière en cette rentrée.

Quelle est la stratégie de SODIAAL en cette rentrée ?

D. Lacombe : «Nous poursuivons la mise en œuvre de notre plan stratégique dont le fil conducteur est : mettre le cap sur la valeur plutôt que sur les volumes. La première étape fut la reprise d’Entremont et la remise en état de cet outil. La coopérative s’est fixée un nouveau cap sur la recherche de valeur ajoutée en capitalisant sur tous les métiers du lait : ingrédients laitiers et produits frais, lait de conso, beurre, fromages...

Comment cette stratégie va-t-elle se concrétiser en particulier sur le marché du lait de consommation ?

D. Lacombe : Le marché est en baisse en France de l’ordre de -3% par an en volumes mais le potentiel de développement existe. Sodiaal veut jouer le jeu de la segmentation en s’appuyant sur une démarche liée au savoir-faire des éleveurs et que nous avons baptisée «Les laitiers responsables». Un lait non OGM, des pratiques respectueuses du bien-être animal, un lien au pâturage,... l’idée étant de renouer avec les consommateurs tout en accordant un retour financier aux producteurs. L’acte d’achat doit permettre de rémunérer les producteurs.

Et le développement du lait AB. Où en est-on ?

D. Lacombe : Nous poursuivons notre objectif de collecte à 230 millions de litres de lait AB en France d’ici 2021. L’Aveyron produit 27 millions de litres de lait en AB dans une centaine d’élevages (sur 145 millions de litres de lait de vache collectés par Sodiaal dans le département). La belle dynamique a fonctionné grâce notamment à un accompagnement technique dans les conversions, efficace.

Aujourd’hui, l’objectif national est atteint à 50%. Mais en production, nous avons atteint un palier.

Il n’empêche, les débouchés sont porteurs, notamment sur le segment du lait infantile bio. Sodiaal a investi dans ses outils, ses deux usines de séchage à Montauban et Guingamp et le centre de conditionnement à Doullens, qui tournent à plein régime (autour de 30 000 tonnes par an) pour des marchés dans toute l’Europe, au Moyen Orient, en Asie. La Chine constitue un très gros marché puisqu’elle importe 300 000 tonnes. Ces pays recherchent la qualité de nos produits, notre savoir-faire industriel et surtout la sécurité sanitaire. Une vraie valeur ajoutée pour nos outils et pour nos producteurs.

Nos outils de séchage arrivant à saturation, nous avions intégré dans notre plan stratégique la construction d’une usine mais finalement l’opportunité d’investir dans la reprise partielle de l’usine Synutra de Carhaix (Finistère) s’est présentée : une très belle usine pour produire du lait infantile. Ainsi nous gagnons 3 à 4 années sur notre plan de développement.

Ce que je veux préciser par rapport à cet investissement, c’est que contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, il n’y aura aucune incidence sur le prix du lait payé à nos producteurs. Au contraire, sur le long terme, cela créera de la valeur. Cet investissement s’inscrit dans le plan de développement que nous avions prévu et qui a été présenté à nos sociétaires pendant les assemblées générales en région.

Qu’en est-il du marché des fromages ?

D. Lacombe : Clairement notre coopérative travaille sur la montée en gamme des fromages sous AOP du Massif central en France comme à l’export. Avec 3A, avec la Pastourelle, nous misons sur la qualité du produit, le travail en filière, la complémentarité car le potentiel existe sur ce marché des fromages sous appellation, comme le Roquefort (18 à 19 millions de litres collectés par Sodiaal). Nous participons à la réflexion collective visant à relancer les ventes. De même, la coopérative a envie de s’investir dans la fabrication du Bleu des Causses AOP, en lien avec sa cave d’affinage de la SICA Laqueuille à Cornus.

Sur le marché français, Sodiaal est engagé dans 22 AOP, des appellations que nous voulons dynamiser.

Et sur les autres produits laitiers ?

D. Lacombe : Sodiaal pèse sur le marché du sérum déminéralisé qui sert à fabriquer la poudre de lait infantile. Et sur les yaourts par exemple, nous nous appuyons sur nos marques pour créer de la valeur ajoutée.

Comment Sodiaal se positionne auprès de ses producteurs sur le prix du lait ?

D. Lacombe : Parallèlement à la sortie des quotas, nous avons fixé deux règles :

- la répartition du résultat : un tiers revient aux producteurs, un tiers au capital social des sociétaires et un tiers pour la réserve,

- un prix du lait compétitif.

La maîtrise des volumes, l’accompagnement des producteurs, la recherche de segmentation doivent permettre de tirer la coopérative vers l’avant.

Que peuvent attendre les producteurs de lait des Etats généraux de l’alimentation ?

D. Lacombe : La future loi a été élaborée pour tenir compte des indicateurs de coûts de production dans la composition et la fixation des prix proposés à la distribution. Les règles vont évoluer sur le commerce : seuil de revente à perte, encadrement des promotions, clause de renégociation en cas d’événement majeur. Autant d’éléments favorables qui marcheront si les différents acteurs changent d’état d’esprit. Au sein du CNIEL, nous sommes prêts, nous avons travaillé sur deux guides de bonnes pratiques entre transformateurs et distributeurs et entre transformateurs et producteurs.

Je reprends ma casquette de président de Coop de France Métiers du lait : nous devons faire un maximum de buzz autour du lait car nous ne sommes pas en condition de rémunération suffisante pour les producteurs. La loi doit permettre de valoriser le travail des gens et les produits laitiers sur le marché intérieur. Nous devons tous nous mettre en posture pour faire jouer la transparence sinon rien ne se passera.

La première réponse interviendra lors des prochaines négociations commerciales début 2019.

Qu’ont apporté les réflexions autour des Etats généraux de l’alimentation ?

D. Lacombe : Les débats ont permis à tous de se focaliser sur les questions essentielles au sein de l’interpro qui a mesuré ses forces et ses faiblesses. La distribution a fait son entrée à l’interpro devenue un vrai lieu de discussion, c’est une bonne chose. Enfin, les acteurs de la filière se sont penchés sur les attentes des consommateurs : producteurs, coopératives, entreprises, distributeurs, nous sommes tous au même niveau face à ces attentes.

Ces travaux autour des EGA ont aussi permis de retrouver un esprit filière autour d’un plan collectif. Si nous tirons partie des critères que nous avons définis ensemble : bien-être animal, montée en gamme, absence d’OGM,... de la valeur remontera sur l’ensemble de la chaîne. Nos démarches d’entreprise s’appuyeront sur cette base collective.

Nous attendons tous un effet des EGA dès 2019 pour que l’ensemble fonctionne : c’est toujours plus rassurant quand un cap est fixé. Une vision d’avenir de la filière lait encouragera les jeunes à s’installer, relancera le marché intérieur et l’export.

Croyez-vous en la réussite des EGA ?

D. Lacombe : Nous aurions aimé que la loi aille plus loin notamment sur l’encadrement des promotions sur les produits laitiers car ce sont des éléments, destructeurs de valeur. Nous militions même pour leur interdiction totale !

Notre filière laitière s’est investie pour la réussite de ces EGA, nous attendons donc un signe fort sur son application.

La future PAC se dessine. Quelle est votre vision ?

D. Lacombe : Les budgets se resserrent. Nous devrons aller chercher sur les marchés ce que nous perdrons en matière de soutien. Coop de France Métiers du lait s’est penché sur la question d’un outil de régulation des marchés qui permette de gérer les aléas. Ce qui est sûr c’est que nous serons attentifs aux prochaines négociations.

Le monde de la distribution est complexe. Comment se passent vos relations ?

D. Lacombe : D’un point de vue général, les ventes des produits non alimentaires sont en baisse, c’est l’alimentation qui leur permet de fonctionner. Entre la transformation et la distribution, on se cherche. De plus en plus, les distributeurs travaillent sur le local, le direct producteur mais cela ne fera pas l’ensemble du marché. Il y a surtout dans ce milieu, beaucoup d’opportunisme : nous devons nous recaler sur des systèmes rationnels car tous les maillons sont nécessaires dans une filière.

Heureusement, les coopératives jouent la solidarité : nous continuons de collecter le lait y compris dans les zones difficiles et nous misons sur la création de valeur. A nous également peut-être de développer nos circuits directs à travers de la vente en ligne. C’est ce que nous avons démarré avec www.lesfromageurs.com, un site de vente de fromages 100% coopérative (livraison à domicile en 24h). C’est le commerce de demain, nous devons déjà être présents.

La filière laitière demain, comment la voyez-vous ?

D. Lacombe : Si nous allons tous dans le même sens, de réelles opportunités s’ouvriront à tous. Les coopératives sont conscients des enjeux notamment vis-à-vis des attentes des consommateurs en terme de santé, d’emplois,... Nous sommes prêts à faire ce lien direct entre producteurs et consommateurs. D’ailleurs la signature de Sodiaal parle d’elle-même : «des hommes pour mieux nourrir les hommes».

Un comité des parties prenantes doit se créer pour apporter des idées, des ouvertures sur différents enjeux : le réchauffement climatique, les équilibres géopolitiques, les attentes des consommateurs,... Nous ne devons en tout cas, pas nous replier sur nous-mêmes».

Recueillis par Eva DZ