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Zones humides Nostre Seigne à Onet le Château : un site pilote d’expansion de crues

01 aout 2019

Zones humides Nostre Seigne à Onet le Château : un site pilote d’expansion de crues

La plaine Nostre Seigne, en bordure de la RN 88 sur la commune d’Onet le Château, aux portes de l’agglomération ruthénoise, fait l’objet d’une démarche collective et engagée pour préserver et restaurer les champs d’expansion de crues. Les partenaires vont même plus loin en en faisant un site pilote pour les étudiants de l’Agricampus La Roque tout proche et bientôt pour le grand public.

Réunir autour de la table et d’un même projet, élus, associations environnementales, fédérations de pêche et des chasseurs, établissement d’enseignement agricole... n’est pas toujours chose aisée... mais il est un site, la plaine de Nostre Seigne, qui a su faire l’unanimité autour de sa préservation et sa restauration. Ce site de 24 ha, à l’histoire remarquable puisque des fouilles archéologiques ont permis de retrouver des vestiges de l’époque gallo-romaine en l’occurrence des thermes, un aqueduc et un temple, se situe sur la commune d’Onet le Château le long de la rocade ruthénoise, en bordure de la RN 88. Il se trouve au centre du bassin versant de la rivière l’Auterne et à l’interaction de zones urbaines et agricoles. «Le bassin versant de l’Auterne se caractérise par un réseau très dense de ruisseaux dont l’écoulement pâtit d’une faible déclivité. Cette topologie associée à l’imperméabilisation des sols, pose le problème de risques d’inondations», explique Michel Artus, président du syndicat mixte du bassin versant Aveyron Amont, l’un des maîtres d’ouvrage de ce projet aux côtés de Rodez Agglomération et de la municipalité d’Onet le Château. «Notre objectif sur ce site est bien de préserver et mettre en valeur les champs d’expansion de crues de l’Auterne en contribuant au maintien hydrologique du site, en préservant les habitats et les espèces d’intérêt et en restituant l’importance des champs d’expansion de crues en zones urbaines», poursuit la directrice et animatrice du contrat de rivière Aveyron Amont, Marion Sudres.

Tout est parti d’un appel à projets de l’agence de l’eau Adour Garonne et de la Région Occitanie intitulé «Préservons et restaurons les zones d’expansions de crues». La plaine Nostre Seigne est un site pilote sur cette thématique et les trésors qu’elle regorge ont convaincu nombre de partenaires concernés à s’engager pour sa préservation et sa mise en valeur. Chacun a mis en commun ses compétences au service du projet.

La cellule d’assistance technique aux zones humides a travaillé sur les aménagements compatibles entre les enjeux du site et l’activité agricole. La commune d’Onet le Château et les services d’archéologie ont acquis les parcelles et travaillent à la mise en valeur du site auprès du grand public. L’association Arbres, haies, paysages d’Aveyron a implanté une haie avec les lycéens en bac STAV de La Roque. De même, la LPO Aveyron, la fédération de pêche, la fédération des chasseurs, le CPIE, l’ASCAR (tir à l’arc) et le Comité départemental de course d’orientation, l’Agricampus La Roque, la Chambre d’agriculture... ont apporté leur appui à ce projet. Tous étaient d’ailleurs réunis au moment de l’inauguration en juin pour proposer des ateliers visant à faire toucher du doigt à 230 écoliers de l’agglomération ruthénoise, les multiples intérêts des zones humides et montrer le lien qui peut être tissé entre eux au travers de ces espaces fragiles. Les élus locaux en particulier le maire d’Onet le Château, Jean-Philippe Keroslian, a partagé sa «fierté du travail accompli», la «naissance d’un nouveau lieu de vie».

Un terrain d’enseignement grandeur nature

Mais le travail n’est pas terminé. Chacun se veut un ambassadeur de Nostre Seigne et va continuer d’œuvrer à sa sauvegarde. Ainsi le troupeau Aubrac de l’exploitation de l’Agricampus La Roque expérimente le pâturage tournant en prairies et zones humides. Les équipes enseignantes élaborent des modules pédagogiques pour l’année scolaire à venir, afin d’établir avec les étudiants, des références sur le pâturage en zones humides. «Il est intéressant de faire prendre connaissance aux étudiants de l’intérêt du pâturage en zone humide qui offre un fourrage à bas coût toute l’année et notamment en période sèche», avance Carole Bes, enseignante à La Roque. Le maintien des milieux ouverts, la découverte de la biodiversité du site, que ce soit d’un point de vue environnemental et agronomique sont aussi des points à relever dans les formations. Sans oublier les questions plus techniques comme la gestion du parasitisme en lien avec le GDS Aveyron...

Régulièrement, les étudiants de l’Agricampus seront donc présents sur le site, abordant tour à tour les questions zootechniques, agronomiques, environnementales... qui se retrouvent sur cette plaine. «Nostre Seigne nous offre un formidable terrain grandeur nature d’enseignement pluri-disciplinaire qui permettra de réconcilier agronomie et écologie», poursuivent les enseignants. Le président du conseil d’administration de l’Agricampus La Roque, Bruno Montourcy, tient particulièrement à ce lien étroit entre maintien de l’activité économique agricole et préservation de l’environnement sur un même site : «Nous avons réussi à nous mettre tous autour de la table pour œuvrer ensemble au maintien d’une zone à forte biodiversité aux portes de la ville, tout en gardant sa vocation agricole». Il ajoute : «Les directives du ministère de l’agriculture prônent dans l’enseignement agricole la connaissance des territoires, la biodiversité, le lien avec les acteurs locaux. A Nostre Seigne nous y sommes en plein ! Clairement ce site va permettre de redonner du lien entre l’enseignement agricole et la profession en partageant les solutions, les innovations». La Chambre d’agriculture est d’ailleurs associée aux projets pédagogiques.

Un sentier ouvert au public

Il évoque également l’ouverture du site au grand public afin de le sensibiliser à la préservation des milieux par l’agriculture : «un sentier qui relie la ville à la campagne et jusqu’à l’exploitation de notre lycée que nous souhaitons ouvrir régulièrement au grand public afin d’aller au bout de la chaîne en faisant déguster les produits de notre atelier technologique».

Une signalétique pédagogique va être installée d’ici la fin d’année, à Nostre Seigne pour mieux comprendre le fonctionnement de la plaine et ses divers intérêts mais aussi sensibiliser le public à sa préservation. Un cheminement piéton (zones enherbées et ponton) est également ouvert au public, accessible au niveau du centre de tri de La Poste. Une promenade d’1 km au cœur de la zone humide à côté du troupeau Aubrac où l’on peut, avec un peu de chance, assister à l’envol d’une mésange bleue !

Eva DZ