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Plateau du Larzac et attaques de loup : expliquer la réalité du métier d’éleveur

01 aout 2019

Plateau du Larzac et attaques de loup : expliquer la réalité du métier d’éleveur

La MSA Midi-Pyrénées Nord, en partenariat avec le Collectif des éleveurs de la région des Causses (Cercle 12) mettent en place cet été un réseau de huit fermes touchées par des attaques de loup, visant à communiquer vers le grand public sur le sujet. Exemple au GAEC de Caussenuejouls à Cornus.

Les attaques de loup sur le plateau du Larzac et le Sévéragais ont des conséquences économiques et humaines sur les élevages ovins du rayon de Roquefort où les brebis pâturent la nuit. A deux pas de l’A75, le hameau de Caussenuejouls est aussi celui du GAEC du même nom, avec son troupeau de 540 brebis Lacaune. Il fait partie du réseau de huit fermes impliquées cet été pour échanger avec le grand public, les touristes, sur la difficulté de se protéger des attaques du loup (lire aussi la VP du 16 mai). Un flyer avec les adresses et contacts des huit fermes est diffusé dans les offices de tourisme du Sud-Aveyron et du Sévéragais (1).

Défendre le pastoralisme

«L’objectif est d’échanger sur la réalité du métier et les difficultés du pastoralisme sur le Larzac et le Causse de Sévérac» résume Bernard Fabre, président du comité territorial du Millavois de la MSA, et retraité agricole, après avoir quitté le GAEC familial de Caussenuejouls. «Nous avons connu trois attaques de loup avéré ici, en 2016, 2017 et 2018, avec au total neuf brebis tuées ou euthanasiées à cause de leurs graves blessures» commente Bernard Fabre. «Cet été, j’ai déjà reçu deux couples sur le GAEC soucieux de connaître notre façon de travailler, et comment nous arrivions à pratiquer le métier dans de telles conditions. Le premier couple venu du Nord de la France avait entendu parler des attaques de l’ours dans les Pyrénées et voulait se rendre compte comment nous appréhendions la présence du loup sur notre secteur», raconte Bernard Fabre.

Il poursuit : «le deuxième couple était de la région de Nant, toute proche, dont le mari est fils d’éleveur de brebis. Ils voulaient voir eux aussi comment nous faisions pour nous protéger du loup et constater l’évolution d’une ferme produisant du lait pour l’AOP Roquefort. Au final, pour le moment, nous n’avons accueilli ici que des personnes sensibles à notre métier d’agriculteur», relève Bernard Fabre.

Le retraité agricole accueille les personnes chaque mercredi à partir de 16h, sur rendez-vous, avant la traite des brebis. «Je suis le plus disponible dans le GAEC familial !» admet-il, «c’est donc à moi de recevoir les gens», insiste Bernard Fabre, sans oublier son rôle de président du comité territorial MSA du Millavois, structure soucieuse d’être à l’écoute des éleveurs touchés par les attaques de loup (lire encadré). Il continue : «ce volet psychologique est important à relayer mais il faut commencer par expliquer aux gens qu’il est impossible de protéger nos élevages du loup. Les brebis sont à l’étable la journée, et sortent à cette époque vers 19h, après la traite, et rentrent à l’intérieur des bâtiments vers 9 h. Elles passent la nuit dehors dans des parcelles fermées par des km de grillages d’un mètre de hauteur. A l’intérieur de ces parcelles, nous avons des parcs destinés au pâturage tournant, fermés par des clôtures électriques. Tout ce dispositif lourd à mettre en place ne suffit pas à dissuader le loup qui arrive à sauter par dessus les clôtures, à passer en dessous à cause parfois des trous de sangliers. Nous ne pouvons pas veiller la nuit dehors ni payer un berger pour ce travail nocturne !».

Patous, tirs de défense...

Bernard Fabre évoque aussi la possibilité de placer des chiens : «c’est une option que nous avions envisagée avec des patous, des chiens de garde de troupeau. Il nous faudrait une dizaine de patous pour notre cheptel. Ces chiens ont un coût, et il faut les dresser, les nourrir... Sans compter que les patous peuvent être dangereux pour les randonneurs». Et le tir de défense ? : «mon fils Nicolas a le permis de chasser et l’autorisation de pratiquer le tir de défense simple» répond Bernard Fabre, «dernièrement, il pense avoir aperçu un loup à proximité de notre ferme, mais comment agir rapidement sans avoir le fusil de chasse avec soi ? Le loup est un animal très malin et il ne reste pas longtemps sur place».

«Nous aimons nos animaux»

Cette année, le GAEC n’a pas été victime d’attaque du loup mais pour Bernard Fabre, le traumatisme psychologique est bien présent dans l’élevage : «il faut faire comprendre aux gens de la ville qu’il est impossible de se protéger du loup. Et que nos ennuis sont plus que justifiés lorsque nos bêtes sont attaquées, mortes, avec ensuite la procédure administrative lourde, le temps passé à rechercher les brebis égarées, apeurées. Nous sommes certes indemnisés lorsque les attaques de loup sont avérées, mais le versement se fait avec au moins six mois de retard. L’an dernier, nous avons eu par ailleurs des soucis d’avortement dans le troupeau, c’est peut-être une conséquence de la présence du loup».

Bernard Fabre conclut : «nous aimons nos animaux et sommes touchés quand des brebis sont attaquées par le loup. Pourquoi les pro-loup ne parlent-ils jamais de bien-être animal lorsqu’il s’agit de brebis blessées par le loup ?».

D.B.

(1) Les huit exploitations ouvertes au public sont les suivantes (visites gratuites sur rendez-vous) :

- Romain Boutry à Ste-Eulalie-de-Cernon.

- M. Goujon. GAEC de la Doline à L’Hospitalet du Larzac.

- Bernard Fabre. GAEC de Caussenuéjouls à Cornus.

- Jean-Louis Vidal à Cornus.

- Mélanie Brunet à Sévérac d’Aveyron.

- Bertrand Martin à Sévérac d’Aveyron.

- Noëlle Rousseau et David Kunze. GAEC du Cun à La Couvertoirade.

- Henriette et Michel Pons et Florian Glandières. GAEC de Figayrol à Cornus.